Billet du 15 octobre 2021

« Refonder un système économique en étroit lien avec les exigences en développement durable, sans tomber dans le piège de l’angélisme ». Telle est l’introduction du livre « L’écologie contre le capitalisme » de François Gibert et Claude Simon. Cette approche, sans appel, résume l’ampleur du défi du 21ème siècle que nous devons relever. A cette approche, je grefferai la notion de refonte du système éducatif, élément capital sans lequel tous nos efforts peuvent être vains. Car oui la décarbonation et l’efficacité énergétique sont et seront sur toutes les lèvres pour de nombreuses années encore mais quelle place continuer à donner à notre industrie, poumon de notre économie, sans pour autant dégouter les générations futures d’y œuvrer avec conscience et respect de l’environnement ?

Penser que le réchauffement climatique sera limité à moins de 2°C comme annoncé durant l’Accord de Paris est une utopie. Nous n’aboutirons à rien sans bouleverser à la fois nos habitudes de consommation et surtout nos modes de production industrielle, si ce n’est un réchauffement de 3°C à 4°C d’ici la fin de notre siècle, voire bien avant.

On sait à quel point le virage de la décarbonation est difficile à amorcer auprès des industries, notamment en Europe où il est bien plus tentant de délocaliser hors de l’UE plutôt que de produire localement et se voir assujetti à la taxe carbone. En délocalisant sa production hors de l’UE, on ne contribue en rien à la baisse des émissions de Gaz à Effet de Serre (GES). En effet, notre terrain de jeu pour les enjeux de décarbonation ne se limite pas aux frontières de la France voire de l’UE, mais le défi est bel et bien planétaire.

Les chiffres sont criants. Il est vrai que depuis les années 1990, les industries françaises ont réduit leurs émissions de GES de près de 46%, soit 95% de l’effort de réduction de l’empreinte carbone du pays, mais à quel prix ? La réponse est irrévocable : c’est en partie du fait de la délocalisation de notre production hors de l’UE. Prenons l’exemple des puces électroniques (semi-conducteurs) qui sont majoritairement produites en Chine. Pourquoi ne pas les produire en France ? Nous préférons payer des cargos qui sont couteux mais surtout énergivores et à fortes émissions de GES. Et donc pour des économies sur les couts de production, nous délocalisons la production et de facto la pollution… Pourtant, nous avons tout pour produire en France à savoir les plaques de silicium, composant essentiel pour fabriquer les circuits intégrés. Nous n’avons malheureusement pas réussi à créer de grands champions dans la microélectronique en France. C’est ainsi que l’Europe ne produit plus que 9% des semi-conducteurs, et ramener la production de puces électroniques en Europe s’élèverait à plusieurs milliards d’euros. Voici l’un des enjeux majeurs de notre siècle pour éviter de se retrouver piégés par une hypocrisie industrielle où la manipulation de l’information pour ne pas voir ses projets affectés et plus généralement les intérêts économiques prévalent sur le bien commun.

Mais les effets indirects de cette optimisation industrielle à outrance, loin de chez nous, ont des effets néfastes sur les populations. Il est aisé de se réclamer d’être un acteur économique soucieux de la planète et des enjeux climatiques en montrant qu’une entreprise française, sur son bilan, a réduit ses émissions de GES, mais qu’en est-il des pays qui produisent à moindre cout, et souvent dans des conditions humainement inacceptables ? A-t-on le droit de délocaliser les émissions de GES ? Y a-t-il des humains de moindre valeur ou dotés de super poumons pour lesquels il est inutile de se préoccuper de leur condition de vie et de travail ? 10% des plus populations les plus aisées au monde sont responsables de 50% des émissions de GES alors que les 50% les moins aisés n’en sont responsables qu’à hauteur de 10%. A cela s’ajoute l’impact du changement climatique qui est responsable d’environ 15% de la perte de biodiversité.

Qui dit changement climatique, dit risques physiques où les pertes financières issues de la sévérité et de la fréquence des bouleversements climatiques pèseraient lourdement sur notre économie. Selon le GIEC, le changement climatique pourrait provoquer une baisse du PIB mondial de 1% à 4% en 2030 et de 2%, à 6% en 2050. Malheureusement les risques physiques sont intimement liés aux entreprises faisant face à des risques de responsabilité, c’est-à-dire des entreprises responsables d’impacts financiers et judiciaires pour avoir contribué à l’accroissement des externalités négatives vis-à-vis du climat ou bien pour avoir négligé la prise en compte du risque climatique dans leurs décisions. Il est certes parfois difficile de mener une stratégie en conduite du changement efficace et rentable pour nos industries, mais des investissements sont nécessaires pour éviter un risque de transition vers une planète à +4°C. En effet l’impact d’une entreprise sur le climat repose sur son bilan carbone qui quantifie le flux de GES émis chaque année.

Alors que le Président Macron vient de dévoiler le plan France 2030, censé redonner du souffle et de l’espoir à une industrie française soucieuse des enjeux climatiques, il est temps que les consciences se réveillent et que le vivre-ensemble reprenne son sens noble de manière pragmatique. Nos gouvernants doivent tout mettre en œuvre pour éliminer les externalités négatives, via notamment la taxe carbone, tout en réussissant le pari de retenir le terreau industriel français sur son sol. Pour cela, il existe des compromis et des possibilités d’accompagnement où tout le monde peut y trouver son compte comme le principe de la neutralité carbone via le mécanisme de compensation.

 

C’est notamment l’orientation prise par Vivo Green qui se positionne comme prescripteur entre les industries qui émettent des GES et les non-obligés qui implémentent des projets d’efficacité énergétique et à faible empreinte carbone. Bien que cette dynamique représente un risque de transition pour les entreprises ayant une empreinte carbone non négligeable vers un modèle économique bas carbone, cet accompagnement répond à la fois aux contraintes des pollueurs en les incitant à produire en France de manière éthiquement et légalement acceptée et réglementée tout en soutenant les initiatives bas carbones sur notre territoire ; c’est cela la neutralité carbone à laquelle nous devons tendre. Et c’est aussi cela produire avec éthique !